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Interview d’un militant CFDT

Suite à la session de formation à la question des discriminations réalisée avec et pour des militants du SCID, Ahmed DAR-ALIA délégué syndical chez IKEA Paris nord, membre du bureau du syndicat nous fait part de son engagement.

Cette interview a été publié dans le journal de la CFDT Paris, "Paris Commune".

Paris-Commune : Pourquoi milites tu contre les discriminations dans le Syndicat Commerce Inter Départemental (SCID) ?

Ahmed DAR-ALIA : Cela fait partie des résolutions de congrès du SCID de novembre 2006. Étant élu au bureau du SCID, le secrétaire général du SCID m’a proposé de prendre en charge la question des discriminations au travail.

P-Com : Pourquoi ce choix ?

Ahmed : La section IKEA Paris nord a déjà travaillé sur ce dossier. Elle a participé à l’enquête de la Confédération en 1996 « racisme au travail ». À l’époque ma section a été sollicitée par Ommar BENFAID ancien Permanent fédéral régional IDF pour la Fédération des Services. Philippe BATAILLE, sociologue, a travaillé avec les équipes CFDT et cela a donné lieu à la publication d’un livre "Le racisme au travail"

P-Com : Pour quelle raison la section a décidé de travailler sur cette problématique ?

Ahmed : Les salariés avaient le sentiment d’une différence de traitement liée principalement à leur origine. Ils ont constaté que majoritairement les salariés de type européen étaient affectés à des postes en relation avec la clientèle et dans l’encadrement. L’enquête sociologique de la Confédération tombait au bon moment et nous avons saisi la balle au bond. Vue la complexité du sujet, la section ne voulait pas se tromper et à profiter de l’initiative de la Confédération pour avoir un avis objectif et externe de la question des discriminations au sein du magasin. Le fait de participer au travail lancé par la Confédération nous a permis de prendre du recul. Malgré un sentiment d’inégalité de traitement dans l’établissement (sentiment partagé par les salariés), l’enquête n’a pas démontré clairement l’existence d’une discrimination liée à l’origine.

P-Com : L’enquête de la Confédération a t-elle changé les pratiques dans l’entreprise ?

Ahmed : La question des discriminations est devenue une question majeure au même titre que les revendications sur les salaires, les conditions de travail, etc.

P-Com : L’UD de Paris a programmé cette session à la demande du SCID peux-tu expliquer l’intérêt du syndicat pour cette formation ?

Ahmed : Ma démarche a été de profiter des projets de lutte contre les discriminations mis en place par les structures URI Ile-de-France et UD de Paris. Dans un premier temps, j’ai suivi en juin 2006, la formation Lutte contre les discriminations de l’UD. Parallèlement, je me suis rapproché de l’URI et de son projet « ATECCOD ». Fort de ces acquis, j’ai lancé avec ma section, en avril 2007, une enquête sur toutes les formes de discrimination au travail auprès des salariés du magasin de Paris-Nord. Les résultats de cette enquête font l’objet du tract publié début septembre. Il est disponible dans les structures CFDT, au SCID, à l’URI Ile-de- France, à l’UD de Paris et bien sûr auprès de la section de Paris Nord.

P-Com : Est-ce que l’entreprise a pris en main ce problème ?

Ahmed : Il existe une commission « anti-discrimination et pour la diversité » dans l’entreprise qui a été réactivée en février de cette année grâce, surtout, à l’intervention du délégué syndical CFDT du magasin de Vitrolles. Elle a été rebaptisée récemment : Commission pour la diversité. Ce qui n’est pas du tout de mon goût !

P-Com : Pour quelle raison ?

Ahmed : La diversité et les discriminations ce n’est pas la même chose. Il y a déjà de la diversité chez IKEA, mais ce n’est pas parce qu’il y a de la diversité qu’il n’y a pas de discrimination. Le mot discrimination fait peur et donc on a choisi un autre mot, Diversité, sans connotation et qui n’a aucune charge historique, émotionnelle, etc. Souvent les salariés accolent au mot discrimination l’adjectif « racial » et cela empêche le débat dans l’entreprise. On dit diversité comme on aurait pu dire « variété ». Je m’interroge sur les objectifs de la direction ? Cherche t-elle réellement et d’abord à lutter contre toutes les formes de discrimination ou est-elle plus préoccupée par la gestion de son image auprès de sa clientèle et du public ? Sans parler de l’image qu’elle véhicule sur cette question auprès de ses salariés ?

P-Com : Dans le syndicat la lutte contre les discriminations ça avance ?

Ahmed : Mon objectif en tant que membre du bureau c’est que les Sections Syndicales d’Entreprise s’approprient la question des discriminations. En mars 2007, le Bureau International du Travail (BIT) a fait paraître officiellement le résultat d’une grande enquête sur les discriminations à l’embauche. Le résultat est édifiant et sans appel ! En résumé, en France : les employeurs choisissent quatre fois sur cinq des candidats « majoritaires », dit “d’origine hexagonale ancienne” plutôt que des « minoritaires » (origine maghrébine ou noire africaine). Dans le palmarès, si je puis dire, des secteurs d’activité qui discriminent le plus, le commerce se situe tristement à la deuxième place, juste derrière l’hôtellerie-restauration. Les deux plus grands pôles de la Fédération des Services ! En compagnie de Souraya CHEDLI, responsable de la formation pour le SCID, nous avons pris contact avec l’UD pour qu’elle organise une session de la formation : Lutte contre les discriminations pour nos équipes syndicales. Elle a eu lieu au mois de juin.

P-Com : Quel effet cela a eu sur les militant(e)s ?

Ahmed : Cela a libéré la parole des militant(e)s et tout le monde a participé activement aux débats et aux ateliers de la formation. Ce qui n’est pas toujours le cas dans les formations. La formation a permis à chaque sessionnaire d’expliquer ses représentations des discriminations au travail et ainsi de les confronter au cadre juridique. L’objectif était de faire prendre conscience du décalage entre les représentations qu’on a des discriminations et la réalité des faits. Ceci dit, les militants ont apprécié l’approche juridique et la pratique syndicale avec l’aide du guide de l’UD de Paris (aide à la prise en charge syndicale). Les études de cas ont permis de voir comment ils peuvent aborder une question de discrimination directe ou indirecte. Les militant(e)s ont apprécié la formation et certain(e) ont porté le débat au sein de leur famille le soir ce qui a provoqué des discutions animées.

P-Com : Quelle suite va donner le syndicat ?

Ahmed : Le SCID va prendre contact avec les militant(e)s formé(e)s pour leur demander où ils – elles en sont et que vont-ils – elles faire dans leur SSE. J’invite les militant(e)s à se tourner vers URI et l’UD qui ont des outils et de l’expérience sur le sujet des discriminations. Je profite de cet interview pour remercier très cordialement l’UD et les intervenants pour leur accueil et leur disponibilité à l’égard du SCID et de ses adhérents.